SALON DES SCIENCES-PO PRODUCTEURS DE VIN ET D'EAU-DE-VIE : 24 ANCIENS DANS LA BOUTEILLE


Ce sont finalement plus de 500 visiteurs qui auront assuré samedi 31 mars dernier le succès de la cinquième édition de cette manifestation originale
et à taille humaine qu'est le salon des Sciences-Po producteurs de vin et d'eau-de-vie. Les 24 exposants de cette année sont en effet tous d'anciens élèves de la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume, l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences-Po), réputée formée les élites politiques, administratives et financières de la France depuis plus d'un siècle, mais pas encore les élites viticoles. Et pourtant... ces 24 producteurs, issus de presque toutes les régions de France, se révèlent tous être des producteurs de qualité, présents sur des terroirs plus ou moins prestigieux, mais réalisant chacun des vins authentiques, qu'ils viennent défendre devant leurs anciens condisciples, ainsi que les actuels étudiants de Sciences-Po ou les Parisiens que la curiosité du lieu autant que la perspective d'acheter en direct d'excellents vins ont attirés nombreux rue Saint-Guillaume, dans le VIIè arrondissement de Paris.

Si Sciences-Po partage avec Centrale Paris et Polytechnique le fait d'organiser chaque année un salon de producteurs anciens de l'Ecole, elle est la seule à le faire dans les locaux même de l'école, dans la mythique Péniche du 27, rue Saint-Guillaume, grâce à la complicité enthousiaste de son directeur, Richard Descoings, qui estime que ce type de manifestation aide à rajeunir et à diversifier l'image de la maison. Elle est organisée par le club Sciences-Po Millésimes, que j'ai fondé au sein de l'Association des Sciences-Po pour organiser des dégustations de grands vins français ou étrangers, étroitement lié à l'association In Vino Veritas qui regroupe les étudiants qui souhaitent s'initier à la dégustation du vin au cours de leur scolarité à Sciences-Po. [...]





[...] La région bordelaise était la plus représentée, avec pas moins de 6 exposants, tous de grande qualité, parmi lesquels les vins de la baronne Guichard (Pomerol, Saint-Emilion, Lalande de Pomerol), le domaine de l'Ile Margaux, le château Phélan-Ségur (Saint-Estèphe), le château Myrat (Sauternes), le château Saint-Esprit (Saint-Emilion grand cru) et le château Tailhas (Pomerol). Ce dernier présentait un millésime 2001 très séduisant, tout en finesse et en élégance, à préférer à son 2003, particulièrement réussi pour ce millésime difficile, mais que sa structure et sa puissance demandent d'oublier en cave encore quelques années.

Parmi les nouveaux exposants de cette édition figuraient le château de Calissanne (coteaux d'Aix), le château de l'Engarran (coteaux du Languedoc) et le domaine de Béru (Chablis). Si les deux premiers fournissent des vins rouges corsés, généreux et charpentés dignes d'intérêt(avec une mention particulière pour l'assemblage cabernet-syrah du château de Calissanne, qui produit des vins gourmands, épicés, exubérants mais avec une structure et une longueur en bouche hors du commun), les vins blancs de ces trois domaines, très différents les uns des autres, ont retenu toute notre attention. Pas question de faire autre chose que du chardonnay à Chablis, et le vin de ce domaine nous a particulièrement séduit par le fait qu'il combinait la structure traditionnelle des vins de Chablis, marqué par une forte minéralité, mais avec une belle densité aromatique, impressionnante pour un simple village. Renseignements pris auprès de la charmante exposante, ceci est dû à une vendange récoltée à pleine maturité, à contre-courant de ceux qui confondent minéralité et acidité excessive. Une bonne façon de comprendre pourquoi le Chablis a longtemps été considéré comme LE modèle de vin blanc minéral dans le monde entier, souvent imité et rarement égalé comme le veut la formule. En revanche, si la maturité n'est généralement pas un problème en Languedoc, la surprise vient du choix du cépage sauvignon pour le château de l'Engarran, qui déroute et étonne, par un travail "à la bourguignonne", tout en conservant de la vivacité et de la fraîcheur. Ce domaine a la chance de posséder une authentique "folie" montpelliéraine du XVIIIè siècle que lui envieraient certainement bien des Bordelais qui s'intitulent "château".

Parmi les "anciens" et les piliers du salon, il faut citer le domaine des Reyssiers, en Brouilly et Régnier (Beaujolais) qui produit de vrais "vins de soif" charnus et gourmands, encore en progrès cette année, avec une mention toute particulière pour le Brouilly dont le fruit nous a pleinement séduit, ou encore la maison Louis-Latour de Beaune, que l'on ne présente plus. Un coup de coeur pour le domaine Vaufuget, et ses Vouvray moëlleux à rapport qualité/prix imbattable, tout en équilibre entre le fruit, le sucre et la fraîcheur, et chez qui on pouvait déguster un 1959 encore en pleine forme et un 1990 qui mettait la barre très haut par sa richesse et sa générosité. Mention spéciale aussi pour le sauvignon du domaine des Roy (vins de Loire), à qui un supplément de maturité donnait des allures de Chenin, pas très éloignés de ceux, remarquables également du domaine Vincent (Saumur), et permettait d'exprimer le terroir de façon remarquable.

Mais derrière chaque domaine, il y a évidemment des femmes et des hommes, qui tous ont choisi, que ce soit par tradition familiale, par vocation ou par diversification, de se consacrer pleinement au vin. Il peut s'agir d'une exploitation qui permet de restaurer une demeure familiale, dans le cas de Constance Rérolle avec le château de l'Engarran, ou de la concrétisation d'un rêve comme pour Philippe Kessler, par ailleurs président des Salins du Midi et heureux propriétaire du château de Calissanne. Mais il faut également saluer la passion du vin qui a poussé Richard Maby à abandonner des fonctions confortables de directeur financier pour l'aventure de la reprise du domaine familial en vallée du Rhône qui produit un Lirac rouge puissant et équilibré comme on les aime, un rosé de Tavel très carré, et aussi deux cuvées de blanc très élégantes, l'une boisée et l'autre non, l'une de Viognier et l'autre de Grenache blanc, Clairette et Marsanne, et qui engrange depuis trois ans les médailles aux concours comme un vrai vigneron... qu'il est devenu !